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Les seventies à fond de traits

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Rencontre avec l’Américaine Renata Adler

ParPhilippe Lançon
Envoyé spécial à New York
Publié le 08/01/2014 à 17h06

C’était un temps déraisonnable, on avait mis les vifs à table. Ça n’a pas duré. Au milieu des années 70, les jeux sont faits : le speed élitiste et populaire de la décennie précédente, son diapason libertaire, ce rêve insolent et sévère de vivre dans la plus grande autonomie possible à l’intérieur d’une société la plus ouverte possible, tout ça s’écrase dans la douleur, la laideur, la violence, bientôt le commerce des sentiments et la non-éducation de masse, comme la tête de Peau d’âne sous une patte d’éléphant.

A New York, en 1976, une journaliste vedette et agressive du New Yorker, âgée de 38 ans, trouve une forme romanesque pour établir le constat : Renata Adler publie Hors-bord. C'est une femme redoutée pour son esprit, les critiques cinématographiques qu'elle a écrites dans le New York Times, les reportages et enquêtes qu'elle réunira en 2001 dans «Canaris dans la mine», livre non traduit. Son travail, écrit-elle alors, a presque toujours été lié aux abus de pouvoir dans la vie publique et au rôle que la presse tient dans la perpétuation de ces abus.

La narratrice de Hors-bord est aussi journaliste. Elle travaille dans la presse à scandale, mais devient, comme Renata Adler en 1969, reporter au Biafra. La voici : «Depuis que j'ai ce boulot, je suis sortie avec quatre fils de célébrités, deux hommes d'affaires auteurs de romans inachevés, trois écrivains qui avaient la manie de me demander "Ça

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