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critique

Un poéticien chez les historiens

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Philippe Carrard étudie comment on écrit le passé.

Le corpus retenu est très large, allant des best-sellers de l'historiographie française -«la Méditerrannée» de Fernan Braudel, «Montaillou village occitan» d'Emmanuel Le Roy Ladurie (photo)- aux travaux des jeunes historiens contemporains. (Photo AFP)
Publié le 05/03/2014 à 17h06

La réflexion des historiens sur leur propre pratique a beaucoup progressé depuis une trentaine d’années. Mais à de rares exceptions, elle a peu concerné l’écriture, constituant pourtant majeur de l’opération historique. Professeur de littérature aux Etats-Unis, déjà auteur en 1995 d’une étude sur «la nouvelle histoire» (pour partie reprise ici), Philippe Carrard s’est attaché à combler cette lacune : étudier en poéticien les protocoles et conventions d’écriture qui régissent les textes des historiens.

Le corpus retenu est très large, allant des best-sellers de l'historiographie française (la Méditerranée de Fernand Braudel, Montaillou village occitan d'Emmanuel Le Roy Ladurie, Saint-Louis de Jacques Le Goff) aux travaux des jeunes historiens contemporains. L'enquête, très précise, porte sur tout le processus de mise en texte : mode d'énonciation, de focalisation, ponctuation, usage de chiffres, de graphiques, de tableaux ou, à l'inverse, de métaphores, jeux de citations et stratégies de référencement.

De l'ensemble se dégagent trois enseignements principaux. Le premier concerne la grande stabilité, voire l'«immobilisme» des normes et des codes établis à la fin du XIXe siècle par les tenants de l'école méthodique. Ceux-ci ont beau avoir été périodiquement raillés pour leur positivisme, leurs consignes restent de mise chez la plupart des historiens, et plus encore dans les ouvrages de didactique. L'idéal demeure c

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