L'idée de cénacle s'accompagne d'une foule d'images : Victor Hugo, la scène primitive du romantisme, le moment fondateur, celui où l'écrivain, qu'il se nomme Musset ou Gautier, est présenté à ses pères et ses pairs, celui d'un adoubement et d'une entrée dans les lettres. Là, autour d'un chef, incarnation de l'art, une vie se transforme en destin littéraire. S'y rejoue en filigrane une autre histoire : celle d'un partage (communion), d'une mission (pentecôte artistique), sanctionnés par la gloire quand ce n'est pas quelque Golgotha face au goût bourgeois. Aussi n'est-ce pas pur hasard que le cénacle soit véritablement né dans le clan catholique et monarchiste du romantisme et que les deux chercheurs qui signent l'Age des cénacles soient des spécialistes reconnus de cette période. En 2002, Vincent Laisney a consacré une étude passionnante au Salon de l'arsenal de Charles Nodier et Anthony Glinoer a publié sur Hugo comme sur Sainte-Beuve.
Si le cénacle romantique est un objet mémoriel, un sédiment scolaire toujours vif dans l'imaginaire des lecteurs - l'histoire littéraire anecdotique l'a notamment survendue -, le propos de ces deux chercheurs est d'échapper aux clichés et de s'interroger sur la pérennité de l'instance cénaculaire dans la littérature du XIXe siècle. La Révolution française a alors induit une nouvelle condition pour l'homme de lettres et c'est dans ce cadre, où il ne jouit plus des protections traditionnelles de l'Ancien Régime, que des pratiq




