Ce fleuve immense, un des plus longs d’Europe avec ses quelque 700 kilomètres, traverse les régions les plus peuplées, les plus industrielles et les plus riches de la péninsule, mais le Pô reste sauvage et mystérieux derrière les hautes levées destinées à protéger les campagnes de ses inondations, qui le rendent ainsi le plus souvent invisible.
«Le Pô est plus libre que le Danube et plus authentique que le Rhin parce que la terre qui l’entoure s’en est volontairement séparé
»,
écrit Paolo Rumiz, fasciné par ce cours d’eau «
qu’on ne peut ni embrouiller, ni brider, haïssant le béton et demandant son espace légitime». A
peine arrivé dans la plaine, il déploie toute sa puissance avec ses multiples méandres et
«ses zones inondables, larges comme trois aéroports»
. Ce monde que ne parcourent plus ni chalands ni péniches, l’écrivain voyageur italien a voulu le raconter au ras de l’eau. Un
«morimondo»,
jeu de mot entre moribond et monde qui meurt, selon le titre original du livre.
«Chaque fleuve a son dieu, sa voix et le courant ne chante jamais de la même manière. L'Euphrate n'a pas le timbre de la Seine. Quand il fait sa boucle au milieu des montagnes, entre Estergom et Budapest, le Danube rugit littéralement, mais deux cents kilomètres plus loin à peine, il se transforme en flûte de Pan qui murmure, en syrinx balkanique, en chant étouffé qui se perd lorsque le fleuve s'élargit dans la terre des confluents entre la Hongrie, la Serbie, la Cro




