C’est un livre qui se passe dans l’après-coup d’un drame. Il faudra un moment pour qu’on en saisisse toutes les implications, notamment parce que l’enchaînement des chapitres ne respecte pas la chronologie. Ce n’est pas juste une coquetterie d’auteur, cela permet au lecteur de se placer du point de vue du narrateur, Ouri, à qui ses parents ont caché quelque chose d’essentiel.
L’histoire se passe entre Jérusalem (un quartier ancien, pauvre, accablé d’histoire et de religion) et Tel-Aviv (un hôpital, des médecins, des machines). Beaucoup de scènes se déroulent en hiver, dans le froid, la pluie, l’obscurité, rien de méditerranéen. Sauf lors de ce moment presque heureux qu’Ouri et sa sœur ont autrefois passé au bord du lac de Tibériade en été, pendant une éclipse de soleil.
Objets. La matière noire du titre fait référence à l'astrophysique, un peu, elle fait aussi référence à l'humeur noire. C'est un roman sur la culpabilité et l'incompréhension. Dans cette famille, tout est malentendu, leurs relations entre eux et avec le monde. Ils ne trouvent pas leur chemin dans l'hôpital, trébuchent sur les marches la nuit. Les objets leur résistent - «L'eau va mettre du temps. C'est une bouilloire lente», dit le père. Et le temps aussi : «Si je lui disais : "Quatre heures", il dirait : "Cinq heures ? Cinq heures ? Incroyable".» Comme si le malentendu était le seul mode possible de communication, comme si la communication n'étai




