Ce sont depuis toujours ses frères d'âme, amis intimes même si elle ne les a jamais connus ailleurs que dans leurs pages, retrouvant en eux sa douloureuse lucidité et son irréductible étrangeté au monde. «A part dans les livres, je n'avais rencontré personne qui ait pu accepter mon moi, mon absence de limites, d'où ma quête inlassable», écrit Tezer Ozlü dans la Vie hors du temps. Ce «Voyage sur les traces de Kafka, Svevo et Pavese», incandescent road-movie, est la dernière œuvre majeure de l'inclassable romancière turque, emportée en 1986 par un cancer foudroyant. Un récit écrit en allemand, la langue de l'exil, pour hurler directement, sans le risque de ne jamais être traduite, le chaos qui l'habite. Elle le réécrira ensuite elle-même en turc, sous le titre «Voyage au bout de la vie», peu avant de mourir à 44 ans.
Décombres. Les Nuits froides de l'enfance (Bleu autour, 2011), son premier roman, largement autobiographique, est une révolte contre le monde petit-bourgeois étriqué de sa jeunesse. Cette fille d'instituteurs était hantée par la peur de la folie et de l'asile, où elle fut plusieurs fois internée. «Dire avec les mots le saut minuscule qui vous fait basculer à une vitesse foudroyante de la raison à la folie […]. Si l'on ne touche pas à la folie, les frontières de la raison sont sinistres. Il n'y a rien de plus effrayant que l'ordre et la sécurité», notait dans son journal cette romancière hors-




