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Libération
Critique

Maudit ressuscité

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Une farce-pamphlet de Timur Vermes qui fait revivre Hitler.

Publié le 28/05/2014 à 18h06

Quand en ce matin d'août 2011 le vieil homme se réveilla dans un terrain vague de Berlin, il fut surpris par le ciel bleu sans la fumée des incendies comme du chant des oiseaux qui avait remplacé le continuel grondement des canons. Des gosses se moquent de son étrange accoutrement et ne le reconnaissent même pas, lui, leur Führer. Il erre dans les rues de «sa» capitale, surpris des immeubles flambant neufs, des rutilantes voitures et de la quantité d'immigrés turcs, se disant que finalement «le Turc qui s'était toujours comporté en fidèle allié du peuple allemand» était entré en guerre. Hitler est sorti d'un long sommeil de plus de 60 ans. Ce livre qui tient - un peu - du conte philosophique et beaucoup de la grosse farce bouffonne se veut un pamphlet sur l'Allemagne d'aujourd'hui, aussi prospère qu'oublieuse du passé, et sur la toute puissance de la télé réalité.

Une société de production fait un pont d'or à ce vagabond et orateur enflammé, un peu bizarre, mais doté d'un «énorme potentiel». «C'est facile de le présenter comme le mal absolu et comme un monstre. C'est une manière de l'isoler dans la mémoire et de nous rassurer. On se dit qu'aujourd'hui on serait plus malin. J'ai essayé de montrer que nous ne sommes pas immunisés», explique Timur Vermes, qui récuse les accusations de «banalisation» du phénomène nazi avec ce roman, où un Hitler ressuscité du néant se retrouve à nouveau par la séduction maléfique de son verbe et la complaisance

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