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Libération
chronique

Distraction massive

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Publié le 11/06/2014 à 18h06

Tout écrivain de moins de 110 ans vous le dira : Internet est une nuisance comme la littérature n’en avait jamais connu. Pour un oui, pour un non, pour lire un mail ou, le plus souvent, pour vérifier une information via Google, le romancier passe de la page de son traitement de texte à celle de son navigateur. Quel est l’âge d’Elizabeth II ? La longueur du canal de Panama ? La durée du coït chez le zèbre ? Les effets sur l’homme des inhibiteurs de la cholinestérase (un des personnages du livre en cours vient de s’expédier dans les bronches une bombe d’insecticide) ?

A ces questions, et à quantité d'autres, le romancier du XXIe siècle obtient instantanément des réponses plus ou moins documentées. Mais cette providence a un coût. D'abord, une fois embarqué sur les arborescences du réseau, l'auteur aura du mal à revenir vers sa copie. De la page Wikipédia du zèbre, il rebondira vers celle du singulier zèbre de Grévy, animal qui brait comme un âne quand toutes les autres espèces de zèbres hennissent comme un cheval. Puis vers un site dédié à Jules Grévy, puis vers la liste des présidents de la République, puis vers un site consacré à leurs épouses, etc. avant d'atterrir sur un site porno où les filles auront des poitrines d'une taille stupéfiante. L'écrivain aura alors beaucoup de mal à revenir à son roman, une biographie imaginaire d'un écuyer du roi Philippe V Le Long.

Ensuite, l'excès de documentation peut nuire gravement à la fluidité de l'intrigue, ainsi qu'à l'hom

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