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Libération
chronique

Megan Fox à poil

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Publié le 18/06/2014 à 18h06

Il y a deux types de romanciers : celui qui travaille dans un obscur réduit, face à un mur, et celui qui écrit avec un beau panorama sous les yeux, face au monde. Peut-être en existe-t-il un troisième : celui qui campe dans la cuisine pour se faire des cafés à la chaîne, mais cet écrivain-là produit peu, sinon de la caféine puis de l’adrénaline.

Les deux premières catégories sont d’importance inégale car les beaux panoramas sont rares, et ceux qui peuvent en profiter le sont plus encore. Le romancier besognant face à un mur où sont collées deux cartes postales de Capri et trois photos de chat est en revanche une espèce très commune : peu de spectacles sont aussi navrants.

«Un écrivain ne devrait jamais s'installer face à une jolie vue», a dit un jour (c'était en 1966) Blaise Cendrars à la Paris Review. Le monde est une représentation, l'humanité vit dans sa fiction, il faut regarder à l'intérieur de soi, etc. Et Cendrars de donner quelques exemples. Au 202, boulevard Saint-Germain, Apollinaire avait un grand appartement avec terrasse et belvédère, mais il écrivait de préférence dans sa cuisine, sur une toute petite table. Remy de Gourmont travaillait dans un réduit donnant sur cour, rue des Saints-Pères. Edouard Peisson possédait une jolie petite maison dans les collines près d'Aix-en-Provence, mais il écrivait dans une bibliothèque donnant à l'arrière de la maison, pas sur la vallée. Cendrars lui-même, dans sa maison du Tremblay-sur-Mauldre, n'a jamais trava

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