Jack Z. Bratich enseigne le journalisme et la médiologie à la State University of New Jersey. Il a coordonné en 2003 un Foucault, Cultural Studies and Governmentality publié à la State University of New York Press.
Comment expliquez-vous le succès aux Etats-Unis de Michel Foucault auprès des chercheurs en études culturelles ?
Il y a deux grands domaines d'influence. Le premier passe par l'appropriation de l'Histoire de la sexualité par les universitaires spécialistes du genre et des études sexuelles (en particulier littérature anglophone, philosophie, sociologie). Son travail sur la normalisation et le caractère contingent de l'identité sexuelle a été une percée importante pour ceux qui voulaient bousculer les catégories qui déterminaient leur subjectivité. La seconde, c'est que l'Histoire de la sexualité, mais aussi Surveiller et Punir ont fourni de nouvelles manières de penser les relations de pouvoir sans passer par le marxisme orthodoxe ou le droit politique libéral. Les relations de pouvoir étaient désormais compréhensibles en dehors à la fois des problématiques de l'Etat et du mode de production. Par exemple, la culture ne pouvait plus être considérée comme faisant partie d'une société civile dégagée des problématiques de pouvoir : elle devenait un lieu de pratiques disciplinaires (c'est l'héritage althussérien) mais elle ne devenait pas pour autant un équivalent de l'idéologie comme «fausse conscience» ou reproduction mécanique d'une base économique. Les institutions comme la psychiatrie, la médecine, la sexualité, la justice, l'éducation, etc.




