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Critique

Crevel renaît

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Les œuvres complètes du poète surréaliste suicidé en 1935.

Extrait de la couverture des «Œuvres complètes» de René Crevel, aux éditions du Sandre. (DR)
Publié le 25/06/2014 à 18h06

Lire Crevel est une manière efficace, quoique discrète, de rajeunir en vieillissant : c'est sentir tout ce qu'il aurait pu devenir et tout ce qu'on ne sera plus. Avec Jacques Baron, il est celui dont le suicide à 34 ans, le 18 juin 1935, reste un symbole du mouvement surréaliste, son aventure, ses impasses. Dans une esquisse autobiographique de 1925 qui ouvre ces splendides Œuvres complètes, cartonnées dures et d'une couverture légèrement crème, il est déjà entièrement là : «Né le 10 août 1900 à Paris de parents parisiens, ce qui lui permet d'avoir l'air slave […] N'est allé ni au Tibet, ni au Groënland, ni même en Amérique, mais les voyages qui n'ont pas eu lieu en surface, on a tenté de les faire en profondeur. Ainsi peut-on se vanter de bien connaître certaines rues et leurs hôtels de jour et de nuit.» Surréaliste depuis trois ans, il annonce le programme auquel il ne renoncera qu'en se tuant : «Persuadé qu'il n'est pas de vie morale possible pour qui n'est point docile aux voies souterraines ou se refuse à reconnaître la réalité des forces obscures, a décidé une fois pour toutes, et au risque de passer pour un Don Quichotte, un arriviste ou un fou, d'essayer, tant par ses actes que par ses écrits, d'écarter les barrières qui limitent l'homme et ne le soutiennent pas.»

Brouilles. La vie est un rêve agissant. Avec Robert Desnos, il est dans le groupe l'un des princes du sommeil et des écrits qui s'en suivent. Revue <

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