Les légendes sont parfois tenaces, à l’image de celles qui dépeignent François de La Rocque comme le fourrier d’un fascisme français. Patron des Croix-de-Feu, une organisation d’anciens combattants qui avait, le 6 février 1934, appelé à manifester contre une République affaiblie par les scandales, leader par la suite du PSF (Parti social français), l’homme peut, certes, être difficilement classé à gauche. Mais depuis de longues années, les historiens ont refusé de voir en cet officier assurément nationaliste le pâle imitateur d’un Mussolini ou d’un Salazar, considérant plutôt que ses idées et son mouvement politiques anticipaient, sur bien des points, le gaullisme du second XX
e
siècle.
Restait à entendre la voix du principal intéressé. Plusieurs mémoires inédits, rédigés à l'intention de ses proches alors que La Rocque, interné puis déporté en Allemagne, était prisonnier des nazis, éclairent d'un jour inédit les sulfureuses années de l'entre-deux-guerres. Soucieux de rétablir la vérité, l'homme entend prouver et son honnêteté, et son loyalisme. A rebours de ce qu'affirme André Tardieu, figure éminente de la droite, il n'a pas émargé aux fonds secrets du pouvoir. Et il s'est toujours montré respectueux des institutions républicaines qu'il entendait refonder et non détruire. Ses écrits, surtout, montrent les peu ragoûtantes cuisines d'une IIIe République sur le déclin. Manœuvres pour écarter le candidat PSF Charles Vallin de la députation lors d'une électio




