Il fut un temps où les grands organes de presse tiraient à plus d’un million d’exemplaires et pouvaient s’offrir le luxe de retentissantes campagnes d’opinion. On se souvient d’Albert Londres dénonçant le bagne de Cayenne ou les asiles de fous, mais on a oublié presque tous les autres, ceux qui croyaient comme lui que le grand reportage pouvait changer le monde. Alexis Danan fut de ceux-là. Durant près de trente ans, il associa son nom au scandale des
«bagnes d’enfants»,
défendit la cause des
«gamins perdus»,
le parti des
«mauvaises graines».
C’est au parcours méconnu de ce croisé du journalisme qu’est consacré le livre de Pascale Quincy-Lefebvre.
On y découvre la vie d'un jeune juif du Constantinois, né en 1890, qui rêve de devenir poète et se retrouve rédacteur au Petit Guelma, avant d'être entraîné, comme tous ceux de sa génération, dans les tranchées de la Grande Guerre. Démobilisé en 1919, Danan s'installe à Paris et place des papiers où il peut, au Floréal, au Petit Bleu, à l'Intransigeant. En 1926, il est embauché à Paris-Soir. Dès son premier grand reportage, «Les enfants du taudis», il a trouvé son style. Des centaines d'articles suivent, ainsi que plusieurs livres, dénonçant sans relâche le sort des enfants enfermés dans ces «maisons des supplices», qui ont pour nom Mettray, Eysses ou Belle-Ile. A Paris-Soir, malgré les procès ou les coups d'éclat douteux (en 1937, il enlève à leur p




