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Publié le 10/09/2014 à 17h06, mis à jour le 10/09/2014 à 17h06

Les succès ne tombent pas du ciel. Dans l’ombre, bien en amont de la librairie, est effectué un travail minutieux, parfois subtil, toujours harassant, dont le lecteur ne sait rien. Entrons donc à pas de loup dans une réunion de travail. Nous sommes début juillet, aux éditions des Arènes, rue Jacob, à Paris. Laurent Beccaria se penche avec Valérie Trierweiler sur la bombe autofictionnelle de la rentrée, qui n’est pour l’instant qu’un gros tas de feuillets écrits dans la rage à l’encre violette.

«Non, tu ne peux pas écrire : "Quoi, c’est vrai ce qu’on dit, François ? Tu sautes cette salope ? Mais je vais t’en coller une direct, enfoiré !" Tu sais, Valérie, nous publions toutes sortes de choses dans cette maison, c’est pas toujours génial mais, au moins, nous essayons de ne pas tomber dans la vulgarité. Tu vois, il vaut mieux amener les choses en douceur, donner des détails de contexte, permettre au lecteur de visualiser la scène. Tiens, je te propose plutôt :

"Alors ?

- Alors, c’est vrai, répond-il.

- C’est vrai ? Quoi, tu couches avec cette fille ?

- Oui, avoue-t-il en s’allongeant à demi, appuyé sur son avant-bras.

Nous sommes assez près l’un de l’autre sur ce grand lit. Je n’arrive pas à accrocher son regard, qui se dérobe. Les questions se bousculent."

C’est mieux, non ? Même Lelouch arriverait à filmer une scène pareille. L’important ici, c’est que le type dans le lit soit mollement appuyé sur son avant-bras, avec le regard qui fuit. Un peu entre Peter Lorre et Jean Yanne, tu vo

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