Les personnages des romans de Peter Stamm, à la différence de ceux des nouvelles, ont des contours sociologiques bien nets, sont établis dans des lieux clairement identifiés : un auteur de livres techniques à New York
(Agnès),
une Norvégienne agent des douanes au-delà du cercle polaire
(Paysages aléatoires),
un prof d’allemand d’origine suisse à Paris
(Un jour comme celui-ci),
un architecte à succès à Munich
(Sept Ans)
et, pour
Tous les jours sont des nuits,
une présentatrice de télévision dans la ville où est enterré Georg Büchner - on déduit que c’est Zurich.
Chevreuil. Et puis à chaque fois quelque chose, dans cet apparent décor de téléfilm, se détraque, sous l'effet d'une rencontre, d'une trahison, de la peur d'une maladie, d'un accident, et le lecteur pénètre dans le véritable territoire de Peter Stamm. Là on retrouve sa façon très précise de décrire des sensations, la nature mouvante, les ombres qui remontent les pentes des montagnes, l'odeur de neige et de fumier, et surtout des êtres en fuite, travaillés par l'angoisse de la liberté.
Gillian apparaît, dès l'entrée de ce cinquième roman, après la catastrophe. Elle est à l'hôpital, sous sédatifs, deux jours après un accident de voiture caricaturalement absurde : un chevreuil heurté un soir de nouvel an après une dispute avec son mari, qui a trouvé des photos d'elle nue. La dernière image que Gillian a de lui, saisie du coin de l'œil après le crash,




