Enfant, déjà, il rêvait de livres mélangeant les mots et les images, avec
«des bouts d’aventure, des souvenirs ramassés, des sentences, des fantômes, des héros oubliés, des arbres, la mer furieuse».
Le temps passa. Vivant de petits boulots et n’arrivant à faire éditer des œuvres inclassables donc jugées invendables, Frédéric Pajak eut dans un café romain l’illumination du titre
Manifeste incertain
pour de tels ovnis littéraires.
Il n'arrêta pas d'accumuler les éléments pour les nourrir. Une douzaine d'ouvrages plus tard, devenu un écrivain et dessinateur reconnu, il a commencé à publier en 2012 ce Manifeste incertain, aujourd'hui à son troisième volume. C'est toujours la même forme désarticulée, avec des récits courts où le dessin vient comme un contrepoint plutôt que comme une illustration. Et avec toujours la même obsession de l'histoire.
Digressions. Il est hanté par «la guerre du temps» : «La guerre menée par un présent vidé de son passé, émietté dans un futur improbable, radieux ou désenchanté», écrivait-il dans l'avant-propos du premier Manifeste incertain, soulignant que «le présent a fait du temps un temps vide suspendu dans une histoire introuvable». Il veut faire ressurgir «l'Histoire effacée».
Un désir d'autant plus intense qu'il se définit lui-même comme «un enfant des Trente Glorieuses» avec «leur confort et leur mollesse». «Si je considère ma vie




