Costume de voyage pour prendre l'express Cologne-Berlin, au début des années 30 : un sac à patates avec deux orifices au niveau des yeux, des bandes molletières, une veste et un pantalon portés à l'envers, côté coutures, à remettre à l'endroit à l'arrivée, pour faire propre. Et «tagadam», c'est parti pour un trajet infernal : celui de Willi, 20 ans, échappé de la maison de l'Assistance publique, qui du vagabond Frantz a retenu le mode d'emploi pour voyager sur les essieux d'un train. Et surtout la recommandation principale : ne pas s'assoupir si on ne veut pas finir broyé sur le ballast.
Guichets. Willi rejoint par hasard «les frères de sang», une bande de neuf garçons qui sont à la rue, comme des milliers de jeunes Berlinois, au temps de la République de Weimar. La présentation a lieu dans une file d'hommes fatigués et affamés serpentant devant le bureau d'aide sociale du district de Berlin-Mitte. On est entre Kafka et Metropolis : une lourde porte de fer, vingt-quatre guichets, des trous carrés dans les murs, dimensionnés «pour une tête d'employé de grade inférieur», depuis lesquels on beugle des numéros de convocation. En vain, pour les garçons de la bande, qui «ont réussi à se procurer un banc entier» et «somnolent tout leur saoul», après une «interminable nuit d'hiver dans la rue». Fumer, grappiller des moments de sommeil, manger, de préférence des saucisses, et boire du schnaps c




