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Critique

Sage-femme, métier entre deux eaux

Une étude détaille la création en 1786 par l’Etat d’une profession destinée à lutter contre la dépopulation.

Gravure de 1884. (Photo Bianchetti. Leemage)
Publié le 05/04/2017 à 19h26

«Qui est la sage-femme ?» s’interrogeait, en 2013, un colloque organisé par ces professionnelles de l’accouchement, s’estimant peu reconnues. Cette étude de Nathalie Sage Pranchère, riche d’un impressionnant corpus de sources, répond avec minutie à cette question.

Les pouvoirs publics, avant même la Révolution, ébauchent une politique de formation à l'accouchement que tous les régimes vont poursuivre, afin de lutter contre la mortalité néonatale et celle des mères, facteurs d'une dépopulation sans cesse crainte. L'incompétence des matrones au savoir pragmatique doit disparaître au profit de connaissances médicales, acquises grâce à un réseau national de cours. L'Etat crée et réglemente donc un corps intermédiaire entre les parturientes et les médecins. Il malmène les impositions de genre. D'une part, il diffuse un savoir scientifique à des femmes auxquelles leur sexe interdit d'être médecin ; d'autre part, il leur accorde un statut qui rompt avec la situation féminine d'alors : quand la plupart de leurs congénères s'adonnent à des travaux, les sages-femmes ont, elles, un métier rémunéré hors de la sphère domestique, qui de surcroît leur offre une liberté peu commune. De plus, elles se voient confier une mission valorisante, accrue par la diffusion par leur intermédiaire des principes hygiénistes et des vertus de la vaccination dans les foyers où se déroulent la plupart des accouchements. A la fin du long XIXe siècle, la médicalisation croissante de ceux-ci ouvre l'hôpital, réservé auparavant aux indigentes, à la majorité des parturientes, modifiant la répartition des pouvoirs entre sages-femmes et obstétriciens.

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