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Prix littéraire

Sylvain Prudhomme, le prix Femina à l'arrivée

Dans «Par les routes», roman aux accents mélancoliques où le héros quadragénaire démarre une nouvelle vie, l'auteur et chroniqueur à «Libération» «a essayé de parler du désir de liberté qu'on a un peu tous».

Sylvain Prudhomme. (Photo Francesca Mantovani. Gallimard)
Publié le 05/11/2019 à 17h25

Ils ont une quarantaine d'années mais ne sont blasés de rien. Ils ont une grâce d'adolescents mais se comportent en adultes, sachant que le temps, ça peut se perdre, et qu'une existence se rate ou se réussit si l'on y met du sien. Ils sont en couple mais ne se ligotent pas et ne font pas l'éloge des amours contingentes qui peuvent rendre si malheureux. Les trois héros (un homme et deux femmes) de Par les routes, le roman de Sylvain Prudhomme qui vient de recevoir le prix Femina (l'Arbalète-Gallimard), sont à la fois la femme et les hommes d'à-côté, et des personnages d'une réserve et d'une patience singulières.

Marie est en couple avec un homme surnommé «l'autostoppeur». Ils habitent une ville du sud-est de la France, ont un enfant ensemble et vivent des séparations régulières puisque l'autostoppeur a besoin, souvent, de quitter la famille qu'il a construite pour monter dans la première voiture qui veut bien de lui. Marie supporte cette façon d'être. «J'ai vu peu de gens, dans ma vie, pour lesquels autrui n'était jamais un poids, jamais une fatigue, jamais un ennui. Toujours au contraire une chance», pense Sacha à propos de l'autostoppeur. Sacha, le narrateur, est fraîchement arrivé de Paris pour s'installer dans cette même ville du Sud-Est. Motif de ce déménagement ? La quarantaine. Marie et lui risquent de se plaire, tant pis pour l'autostoppeur.

Jusqu'où peut-on pousser la liberté – la sienne ? A quoi tiennent l'attachement et l'abandon ? Jusqu'où se montrer généreux envers ceux qui ne le sont pas ? Pourquoi Marie n'en veut-elle pas à ce «naufrageur de leur bonheur à tous les trois» ? Par les routes est un livre beau et paisible dont le thème est pourtant les crises. Comme ses personnages, Sylvain Prudhomme a 40 ans. Il est agrégé de Lettres, chroniqueur à Libération et auteur de quatre précédents romans (l'Affaire Furtif, les Grands), qui chérissent les lieux flottants, de même que Prudhomme laisse ouvertes les questions qu'il dépose dans ses livres. En 2012, il avait obtenu le prix Louis-Guilloux pour Là, avait dit Bahi, et en 2016, son roman Légende racontait déjà des retrouvailles et des amitiés imprévues.

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