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Mardi SF

Mike Resnick, off the record

Mike Resnick, en France, en 2000. (Philippe MATSAS/Photo Philippe MATSAS. Opale. Leemage)
publié le 14 janvier 2020 à 9h11

Chaque mardi, Libération vous propose une chronique, une interview ou un portrait lié à un texte de science-fiction faisant l'actualité. Cette semaine, retour sur la mort le 9 janvier de l'écrivain américain Mike Resnick.

«J'ai découvert il y a un demi-siècle que personne ne venait frapper à ma porte ou ne me téléphonait entre 22 heures et 6 heures du matin. C'est devenu ma journée de travail depuis une cinquantaine d'année.» Ainsi Mike Resnick parlait-il de sa boulimie créatrice en 2016, dans une interview à ActuSF. L'éditeur français venait tout juste de rééditer l'Infernale comédie, trilogie sortie aux Etats-Unis entre 1989 et 1993, et traduite une première fois en 1998 (Denoël «Présence du futur»). L'Américain, disparu le 9 janvier à 77 ans d'un lymphome, était très prolifique. Il détenait, selon le magazine américain Locus, le record du nombre de nouvelles de science-fiction, soit quelque 280, et se classait quatrième question romans, soit 80. Sans parler des centaines de fictions érotiques et autres, publiées sous divers pseudonymes entre les années 60 et le milieu des années 70. «Mes idées viennent de partout, expliquait-il en 2009. Une de mes sources préférées sont les films et les pièces de théâtre qui ont manqué une meilleure histoire […], des histoires avec lesquelles je ne suis pas d'accord avec le début ou la fin. […] Beaucoup proviennent d'observations tirées de mes voyages.»

Né le 5 mars 1942 à Chicago, Michael Diamond Resnick a suivi des études à l’université de 1959 à 1961, année où il a épousé Carol, avec qui il a eu une fille, Laura, également écrivain. Il a brièvement travaillé comme employé avant de se consacrer à l’écriture et à l’édition. S’il a commencé à publier de la SF, en particulier le Cycle de Ganymède (1968), il s’en est éloigné quelque temps pour rédiger à la chaîne des textes érotiques et gothiques sous pseudonyme. Il a également collaboré à des revues, rédigé des chroniques hippiques ou canines. Les Resnick se sont en effet occupés d'un chenil à Cincinnati. En 1980, l’écrivain s’est remis à la SF avec le Mangeur d’âmes et l'histoire de Nicobar Lane, chasseur galactique professionnel, référence récurrente de ses textes (Imaginaires sans frontières, 2002). Ou avec sa trilogie Santiago, dont le titre éponyme (Présence du futur, 1993) décalque l'univers western éponyme dans l'espace avec pour héros un chasseur de primes et s'incrustera dans la galaxie des best-sellers à sa sortie en 1986. Il éditera aussi plus d’une quarantaine d'anthologies à partir de 1992 et des textes pour le magazine Jim Baen’s Universe.

Sa passion pour l'histoire et les cultures africaines a aussi suscité plusieurs fictions, en tête Kirinyaga (1982, traduit chez Denoël «Présence du futur» en 1998) et Ivoire (1988, traduit en 1991 chez PdF). Il était allé en Tanzanie, Ouganda, Malawi, Botswana, Zimbabwe et au Kenya. Le couple Resnick était très familier des Worldcon (la plus ancienne convention de SF) depuis 1963. Mike Resnick se considérait lui-même comme un fan et a été invité d'honneur dans 42 conventions. Ses écrivains préférés étaient à la fois des auteurs du genre, comme Robert Sheckley, Ray Bradbury, Cliff Simak ou Raymond Chandler et Edward Whittemore. A la question d'un internaute qui lui demandait quels étaient les pseudonymes qu'il avait utilisés dans le passé, Mike Resnick avait – ou plutôt pas vraiment – répondu : «Pardon mais il y en avait plus de 150, et ils iront avec moi dans la tombe.»