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Critique

La sociologie, une science qui infuse

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Marqué par la pensée de Pierre Bourdieu, Johan Heilbron combine histoire des idées et histoire sociale, à travers les chercheurs les plus marquants de cette science née en France sous l’égide d’Auguste Comte.

Le Néerlandais Johan Heilbron s’est formé à Paris. (Photo Bob Bronshoff)
Publié le 22/04/2020 à 17h11, mis à jour le 15/06/2020 à 16h59

Dès son aurore, la sociologie est apparue comme une science improbable. Quand, à la fin des années 1830, Auguste Comte commence à utiliser le terme, on conteste tant le mot lui-même, hybride gréco-latin, que la chose qu'il est censé désigner, une «nouvelle science de la société» dont on estime qu'elle est «dénuée de fondement et par trop ambitieuse». Que pourrait en effet valoir cette «proposition» qui n'a guère de références historiques et qui vise à rendre raison d'un «objet» aussi vaste, hétéroclite, pluridisciplinaire, multidimensionnel que celui de «société» ?

De fait, après le Cours de philosophie positive, fruit des leçons données par Comte entre 1830 et 1842 - qui aura pourtant d'«importantes répercussions sur les sciences de la vie comme sur les sciences sociales» -, la sociologie disparaît. Elle migre au Royaume-Uni et ne réapparaît en France que dans les «premières décennies de la Troisième République (1870-1940)». Mais encore en 1920 sa présence institutionnelle se limite à quatre chaires.

Aujourd'hui, postes et chaires ne se comptent plus. «La sociologie et d'autres disciplines des sciences sociales» existent dans toutes les universités, sinon les lycées, et sont «pratiquées dans la quasi-totalité des régions et pays du monde». Que s'est-il passé entre les débuts bredouillants, la phase d'affirmation initiée par Durkheim, et l'essor des années 60, dû à la confrontation, du moins en France, avec la phil

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