«Aujourd'hui est mieux qu'hier, et demain sera mieux qu'aujourd'hui», dit Pierre Bergé, d'humeur enjouée. Il revient de Marrakech, où pour la première fois depuis des lustres il a pris dix jours de vacances. «Je ne suis plus obligé de rentrer désormais. Encore que je me demande si je ne le regrette pas un peu.» A Marrakech, il n'a pas fait du hamac. Avec son ami paysagiste Madison Cox, il embellit les jardins de la villa Majorelle. «Des jardins ad-mi-ra-bles», dit-il en séparant les consonnes théâ-tra-le-ment. Si Yves Saint Laurent a disparu en juin, son fantôme, mi-rêveur, mi-boudeur, erre au 5, avenue Marceau (Paris XVIe). Dans le bureau sombre de Bergé, le portrait peint par Warhol en 1972 domine une table de travail art déco aux pieds cerclés de métal, semblable à la vitalité de Pierre Vital Georges Bergé. «Yves n'avait pas le goût du bonheur. Moi, j'aime la vie.»Yves Saint Laurent a eu une grande influence sur ses contemporains, autant par son talent que par sa légende. Le talent, c'était lui. La légende, Pierre Bergé. Romancier de la vie de Saint Laurent, il en a été le metteur en scène. La vente de la collection est sa dernière production. «Il en a fait un événement incroyable. Pierre Bergé voit grand, dit François de Ricqlès, vice-président de Christie's. La nef du Grand Palais, on n'avait jamais vu ça.»
Du premier reportage dans Paris Match en octobre 1961, à la gloire d'une maison de couture qui n'existait que da




