Elles sont là, quasi tapies dans l’ombre, un peu fantomatiques: des silhouettes d’un autre temps en féerie de taffetas, soie, mousseline, fils d’or, broderies, boutons en strass. Du blanc, du vert pâle, des petites fleurs, du mauve. Des paniers, des faux culs, et bien sûr, des crinolines. Ici une élégante de 1760, là une beauté 1810, une vaporeuse Second Empire, une splendeur en S de la belle époque: on ne sait plus où donner de la tête de midinette devant ces silhouettes rassemblées par deux collectionneurs de costumes et de tissus anciens, Martin Kamer et Wolfgang Ruf: de 1700 à 1915, deux siècles d’histoire de la mode, Fashioning Fashion, une expo qui vient du Lacma (le Los Angeles County Museum of Art, rien que ça), présentée au musée des Arts décoratifs à Paris.
Perruquées, enturbannées et chaussées
Cent silhouettes masculines et féminines sont présentées chronologiquement, des pièces venant essentiellement de France, d’Angleterre et d’Italie, accessoirisées, perruquées, chaussées, c’est presque flippant ce qu’elles ont l’air quasi vivantes (et petites, les tailles des siècles précédents étant plus réduites qu’à notre époque, ce qui est fort plaisant, pour les plus petits d’entre nous). Incroyable aussi tant on se croirait dans un défilé de Vivienne Westwood, John Galliano, Christian Lacroix et de bien d’autres qui ont si souvent emprunté à leurs homologues des siècles passés: à Rose Bertin, la jeune créatrice de mode de la rue Saint-Honoré–peut-être la grand-mère de la haute couture–qui devint vite la faise




