«Tout homme pour vivre a besoin de fantômes esthétiques. Je les ai poursuivis, cherchés, traqués». La phrase est d'Yves Saint Laurent, qui l'avait prononcée un jour de janvier 2002 lors de ses adieux à la haute couture. Par «fantômes esthétiques», le créateur définissait ces apparitions, ces figures, ces flashs parfois obscurs qui l'avaient accompagné pendant tant d'années. Aujourd'hui, ils sont rares les créateurs à prendre la main de leurs propres fantômes. Haider Ackermann est de ceux-là.
Chaque semaine de la mode, il diffuse une mélancolie précieuse et un esthétisme exotique dans ses silhouettes saluées par la presse (dont, avec enthousiasme, Libération). Et c’est le même effet que fait ce bel homme de 42 ans quand il arrive au Café Charlot, un bar de la rue de Bretagne, à Paris, où le prix d’une bière tend vers le smic horaire. Sourire en coin, chapeau, pantalon à rayures rouille, lunettes minuscules, foulards soyeux et fine chemise ouverte laissant deviner une peau couleur santal… L’allure est celle d’un personnage orientaliste.
Il vit entre Paris et Anvers, où son atelier et sa petite équipe sont installés. «Deux assistantes, trois modélistes et deux autres qui s'occupent de la production.» Une assistante et un bureau en France. Son univers professionnel est «restreint, soudé, solidaire» et indépendant des grands groupes. De la cité belge, il aime «le ciel gris qui tombe sur la tête» et il esquive sa mouvance modeuse: «J'




