En 1929, le collectionneur et milliardaire d'origine mexicaine Charles de Beistegui pria Le Corbusier de lui aménager un appartement sur le toit d'un immeuble sis les Champs-Elysées, à Paris. Les lignes claires de l'architecte se trouvèrent chahutées, à dessein, par les éléments de décoration rococo, les cheminées baroques... L'ambiance du lieu, qui ne fut jamais destiné qu'aux fêtes, non à l'habitation, rendait propice les rêves les plus enchanteurs. C'est en s'inspirant de cet endroit hors du temps que Karl Lagerfeld a conçu son défilé haute couture.
Mais le passé, chez le créateur de Chanel, ne doit pas prendre trop de place. Il faut même le malmener. Par exemple en injectant du béton dans des robes de princesses brodées. Et si le show s'appelait «le Corbusier va à Versailles», il n'y avait pas de rétroviseur dans la salle, ni sur l'épaule des mannequins. Le maître-mot était même: avant-garde. Ou encore: comment rendre ultra-contemporaine la «niche» haute couture qui, grâce à l'abondance de jeunes clients fortunés en provenance d'Asie, d'Amérique ou d'Europe de l'Est, devient pour Chanel un énorme succès esthétique et financier?
«Haute couture sans couture»
Outre le béton, Karl Lagerferld a privilégié les tissus et broderies en caoutchouc. «La modernité ne consiste-t-elle pas à donner de la noblesse à ce qui n'en a pas, comme le caoutchouc ou le béton? a-t-il confié la veille du show à Libération. Il faut apporter souplesse et sensualité aux matières.» Allant plus loin e




