Même les avocats des parties civiles en sont restés la bouche ouverte: les deux chanteurs de Nique ta mère (NTM) ont été condamnés jeudi à six mois de prison, dont trois ferme, et six mois d'interdiction de chanter sur le territoire français par le tribunal de grande instance de Toulon, pour «outrages» envers des policiers. C'est une première en France, et les avocats s'attendaient au moins à un délibéré de quinze jours pour trancher les quelques points juridiques en suspens: le président, qui s'est souvenu qu'il avait été policier avant d'être magistrat, a pris un peu moins d'une heure, et a eu la main lourde. L'avocat du groupe a aussitôt fait appel devant la cour d'Aix-en-Provence, et NTM peut toujours rapper en attendant la décision définitive.
Jean Marie-Le Chevallier, le maire Front national de Toulon, a trouvé le jugement «salutaire», François Léotard, député UDF-PR du Var, assure qu'il s'agit d'une «excellente décision». Pour la Ligue des droits de l'homme, «au-delà du ridicule d'une interdiction de chanter», le jugement «renoue avec une tradition d'ordre moral qu'une large partie de la magistrature n'a cessé de porter». Le syndicat de la magistrature est «scandalisé», et estime que le juge a «outrepassé ses pouvoirs» en portant atteinte à la liberté d'expression. Pour le syndicat des avocats de France cette décision est «la marque d'un microclimat toulonnais très particulier». Plus mollement, Jacques Toubon «respecte la décision de justice», mais le garde des Sceaux




