Avant Elvis, il n'y avait rien», déclara un jour John Lennon, connu pour sa propension à abuser des formules chocs, jusqu'à provoquer outre-Atlantique un autodafé des oeuvres des Beatles, après avoir affirmé, en conférence de presse new-yorkaise, que ceux-ci étaient plus populaires que Jésus-Christ. Ce qui, n'en déplaise aux bigots incendiaires, n'était d'ailleurs pas entièrement faux à l'époque.
Son jugement concernant Elvis n'était pas non plus dénué d'à-propos. Même s'il n'imaginait guère au moment de l'énoncer que, quelques années plus tard, le King, en surchauffe neuropathique, le dénoncerait au FBI comme drogué. Initiative répréhensible (surtout de la part d'une armoire à pharmacie), mais accusation accessoirement fondée.
Puritanisme. Les faits sont là, donc : avant Elvis, il n'y avait rien. Rien qu'une société frileuse, traumatisée par les séquelles de la Seconde Guerre mondiale et qui, engagée dans une espèce de processus expiatoire, hypocrite et illusoire, se gargarisait de morale et de puritanisme, nouvelles «vertus» privilégiées par un modèle américain en voie d'expansion impérialiste. Rien de bien stimulant en somme, pour une génération adolescente avide de plaisirs déculpabilisants.
Ces «teenagers», comme on les surnomme, vont alors se mettre en quête de modèles et de héros. Recrutant ceux-ci en priorité parmi leurs propres rangs. Ainsi, en matière de cinéma, vont-ils s'identifier à James Dean, ténébreux comédien météorite prématurément fracassé da




