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Jazz

Archie Shepp "Mon existence est un acte politique"

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Pour ce musicien phare de l'époque free, le jazz reste une arme au service des minorités opprimées.

Publié le 16/06/2005 à 2h43

Saxophoniste floridien élevé à Philadelphie dans le culte de John Coltrane, Archie Shepp a épousé très tôt la cause du Black Power et participé à New York à la fondation de la Jazz Composers Guild, regroupant en son sein les principaux tenants de l'avantgarde (Cecil Taylor, Sun Ra, John Tchicai, Carla Bley...). Musicien phare de l'ère free, personnalité intellectuelle et artistique de premier plan, il partage, depuis la fin des années 60, son existence entre l'Europe et les Etats-Unis, entre concerts et enseignement. Devenu l'un des derniers garants de la "Great Black Music", il vient de fonder, à 68 ans, son label indépendant.

Aujourd'hui, on a le sentiment que vous touchez deux publics : celui de votre génération et un plus jeune, nostalgique des années 70 qu'il n'a pourtant pas connues...

C'est vrai. J'ai d'ailleurs modifié mon répertoire afin de conserver ces deux publics. D'un côté il y a effectivement les gens de mon âge qui me connaissent depuis l'époque du free-jazz, de l'autre des jeunes qui viennent m'écouter, sans être forcément familiers avec ma musique, simplement parce que leurs parents leur ont conseillé de le faire. Je continue donc de jouer des morceaux free, mais j'alterne avec des ballades, pas mal de standards, du blues également, parce que ce sont des musiques plus accessibles pour ce nouveau public. Et aussi parce que j'adore ça.

En vieillissant, j'apprécie de plus en plus les choses simples, sentimentales, qui me touchent profondément. Le genre de thèmes que mon père grattait jadis sur son banjo. A l'époque, je me montrais relativement indifférent à cette musique. Peut-être dissimulais-je mes émotions comme beaucoup d

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