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Portrait

Libre chanteur.

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Hubert-Félix Thiéfaine, 57 ans, auteur compositeur interprète. Gourou des années lycée, il vit toujours sur sa légende noire de poète maudit teintée d'anarchisme.

Publié le 06/12/2005 à 4h50, mis à jour le 06/12/2005 à 4h50

Tant qu'elle sera là, il y sera aussi. Il a bien essayé de rompre. Mais elle le tient. C'est une chanson. Depuis vingt-sept ans, une même génération d'ados en fait invariablement son hymne. Pourquoi elle, la Fille du coupeur de joints, et pas les autres, tous ces titres à rallonge, ces inscriptions cryptées où se croisent dingues, paumés, princesses punk, Lorelei Sebasto Cha et autres Alligator 427 coincés dans l'Ascenseur de 22 h 43 ? C'est l'énigme Thiéfaine, versificateur goinfre, potache et rebelle, subliminal gourou des années lycée auquel on tourne le dos une fois qu'on en a découvert la matrice : Léo Ferré.

Enfant de l'après-guerre, Hubert-Félix Thiéfaine était venu à la musique par le yé-yé. Johnny Hallyday, Claude François ou Dick Rivers, ça lui parlait plus que Tino Rossi. Des «princes», pour un fils de prolos. A 13 ans, en 1961, il en reprenait les succès avec son groupe les Caïds Boys. La vocation était là. Car s'il n'a pas été curé comme son oncle Maurice, s'il n'a pas été secrétaire de direction, ingénieur à la SNCF, chef d'entreprise ou psychanalyste comme ses quatre frères et soeur, c'est qu'il se savait déjà chanteur.

Sa première chanson, il l'a écrite à 12 ans. Cloîtré au petit séminaire, il s'était fendu d'un Merda zuta twist. Oh, rien de bien méchant, une raillerie contre les profs, dans ce pensionnat où la discipline de fer s'accompagnait d'horaires d'enfer. «La révolte en soi n'était pas sérieuse. L'important, c'était qu'il y ait rébellion, quelque chose

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