Dès sa nomination à la direction de l'Opéra de Paris, Nicolas Joel avait annoncé pour sa première saison un nouveau Ring de Wagner. Entre les productions signées au Châtelet par Pierre Strosser en 1994, puis Bob Wilson en 2005, et celle récente de Stéphane Braunschweig pour le Festival d'Aix-en-Provence, on avait fini par oublier que l'Anneau du Nibelung n'avait pas été monté à l'Opéra de Paris depuis 1957.
Assistant de Patrice Chéreau sur le Ring révolutionnaire dirigé par Boulez en 1976 à Bayreuth, Nicolas Joel a choisi d'offrir au public une lecture «politique» du «festival scénique» wagnérien et d'en confier la mise en scène à l'Allemand Günter Krämer. Ceux que l'option «space opera» défendue naïvement par Wilson et intelligemment par Braunschweig avaient agacés seront comblés au-delà de leurs attentes par l'Or du Rhin, prologue du Ring, dévoilé il y a quelques jours à Bastille.
Echo. Les Dieux, devenus des grands bourgeois de la révolution industrielle chez Chéreau, ressemblent ici à des escrocs de la finance, faussement bodybuildés - leurs pectoraux sont en plastique, comme les seins des Filles du Rhin - et obsédés par l'idée de dominer la planète. Le Ring comme écho à la récente crise financière et allégorie du crépuscule du capitalisme ? Pas nouveau, ni hors sujet, donc pourquoi pas ? d'autant que Krämer sait entretenir la tension dramatique et défendre son propos : révolte d'ouvriers syndicalistes




