Blue Suede Shoes est peut-être le classique des classiques, mais il cache surtout l'histoire d'une injustice et d'un avènement. C'est avec ce titre qu'Elvis Presley, en 1956, est monté sur son trône, mais il doit ce couronnement à un autre chanteur, Carl Perkins, son ami et rival. La chanson naît fin 1955, alors que Carl Perkins écume les routes du sud des Etats-Unis. Le petit paysan de Tiptonville, Tennessee, qui a appris la musique sur une guitare faite d'une boîte à cigare et d'un manche à balai, a 23 ans et il vient de signer son premier contrat chez Sun Records. Le patron du studio, Sam Phillips, a misé gros sur lui, d'autant qu'en raison de difficultés financières, il a cédé les droits de son autre poulain, Elvis Presley, à RCA. La suite, le chanteur l'a racontée un nombre incalculable de fois. «C'était le 4 décembre 1955, dans un dancing pour gamins où je jouais. J'ai remarqué une jeune fille très jolie qui dansait avec son copain. A un moment, le gars s'est foutu en rogne parce qu'elle lui avait marché sur ses chaussures en daim bleu. C'était dingue qu'un type accompagné d'une aussi jolie fille soit plus préoccupé par ses chaussures que par elle.»
Anonymat
Quelques jours plus tard, Perkins plaque des accords sur sa guitare en imaginant le dialogue du petit couple. «Tu peux me mettre KO, piétiner mon visage, salir mon nom partout, mais ne marche pas sur mes chaussures de daim bleu.» Et il continue à écrire sur le papier brun d'un sac à patate




