Ils sont montés sur scène vendredi à 20 h 50 dans le hall 4 des Transmusicales et on a instantanément compris qu'on n'allait pas en sortir indemne. Cinq minutes et quelques plus tard - le temps de leur morceau initial Fafafafuckin' - on avait la confirmation de cette intuition. Comme si on était otage volontaire, sous l'emprise des cordes abrasives du guitariste aux cheveux bouclés, de ses mantras parfois éructifs et des coups de boutoir du batteur au visage émacié. L'urgence à l'état pur. Tripale. Organique. Sincère.
Les deux artificiers responsables de cette déflagration qui durera quarante-cinq minutes se nomment Madensuyu, «eau pétillante» en turc. Ils sont belges et viennent de Gand. L’un tape sur ses fûts comme si sa vie en dépendait. L’autre gratte sa guitare comme s’il creusait un tunnel vers sa liberté. On est foudroyé sous le déluge, essoré jusqu’aux os. Et si l’ensemble est bruitiste en diable, le plus singulier est que ce voyage physique, avec ses cascades indomptables, s’offre parfois des plages de repos sur un lit de lichen des plus accueillants.
«Oreilles». Les deux protagonistes se sont rencontrés au collège il y a dix-huit ans. Un temps, la paire fut trio. «Mais le bassiste s'est barré, se marre Stijn De Gezelle, le batteur, 32 ans. Il avait des problèmes d'oreilles.» Incapable de résister aux séismes produits par la caisse claire. «Au début, on n'utilisait pas de micro, on criait», rappelle Pieterjan Vervon




