L’homme qui s’était blasonné «cœur de bœuf» avait un flair de setter pour mêler les courants rock. Don Van Vliet, aux lointaines racines néerlandaises, est mort samedi à 69 ans en Californie, d’une sclérose en plaques. Captain Beefheart restera comme l’un des héros les plus audacieux de l’épopée binaire.
Peut-être le plus artiste de tous. Car Beefheart a écossé le rock. L’a disséqué, décortiqué et remonté avec des gros morceaux de blues, en mélangeant des tendrons free-jazz et un morceau de queue de bœuf psychédélique. Et que dire de sa voix ? Celle d’un loup-garou dont la queue se serait prise dans la lourde porte d’une Cadillac Eldorado.
Les albums de Beefheart sont de magnifiques fauteuils incommodes. A un moment, un ressort vous rentre dans le derrière : c’est ce qu’on appelle l’avant-garde. On met du temps à s’en remettre, car Beefheart donnait à voir le rock avec des lunettes d’astrologue. C’était le mammifère le plus rapide de l’Ouest, insaisissable, déroutant, inventif. Certainement le mec musicalement le plus exaltant.
Silure. En 1969, il entre de plain-pied dans l'histoire en sortant avec son groupe, le Magic Band, le double album Trout Mask Replica, 27 morceaux enregistrés par son camarade de collège, Frank Zappa. Selon la légende, Beefheart aurait composé l'album en huit heures et demie. Et pondu ensuite ce 33 tours jubilatoire où, en jaquette, un silure porte un haut-de-forme. Beefheart était ce qu'on appelle un musicien underground. Parol




