Quartier de Kensington, à Londres, fin janvier en matinée. Le Gore Hotel est un lieu à l'élégance toute victorienne dans un quartier modèle de l'architecture monarchique anglaise. C'est ici que s'est déroulée la session photo du Beggars Banquet des Stones en 1968. Des tirages sont accrochés au mur, tout comme le disque d'or de l'album mythique. Mais dans quelques minutes, c'est une légende de la musique rock actuelle qui poussera la porte.
La voilà. On n’en mène pas large, eu égard au pedigree de la demoiselle et à ses riches états de service. Tout autant qu’à la réputation de la demoiselle, aussi potentiellement chieuse et revêche, paraît-il, que possiblement adorable. On s’attend donc à faire face à une panthère, mais c’est un petit chat prévenant à peau blanche et pelure noire qui tend une main de velours. Aussi intimidée qu’intimidante.
La rencontre débute par la séance photo. Polly Jean Harvey, 41 ans, est à l'évidence sinon complexée par son corps, pour le moins dans le contrôle permanent de son image. Naguère, elle montait sur scène en soutif et jupette de la taille d'un mouchoir. Aujourd'hui plus sage, son habillement ne trahit plus ses non-formes. Ses membres, fins à l'extrême, sont recouverts d'une peau diaphane. L'Anglaise dégage toujours un charme incontestable. Mystérieuse dualité : PJ Harvey marie un côté très masculin avec une incroyable féminité. Elle qui semble en l'instant si fragile a posé ses conditions il y a quelques jours : «Plan américain,




