Comme si un oxymore prenait une forme musicale. Dès la première écoute, Civilian, troisième album de Wye Oak, convoque un sentiment spleenien délicieusement complexe, pour ne pas dire bipolaire, nourri par la richesse mélodique et l'étendue de l'univers musical du duo rock de Baltimore. Alors, on s'interroge. Comment cette tension électrique, sourde, tantôt noisy, parfois presque folk, portée par un dispositif instrumental réduit à sa plus simple expression (guitare, clavier, batterie) et le timbre granuleux de la chanteuse-guitariste Jenn Wasner, blonde charpentée de 25 ans, peut-elle se marier aussi heureusement avec la délicatesse ouatée, voire vaporeuse et lo-fi qui fait le charme des dix titres que le groupe présentera samedi à la Flèche d'or, à Paris ?
Réverbérées. Avec de larges plages instrumentales et un verbe assuré, mais jamais envahissant ni emphatique, une guitare distordue et des voix réverbérées, on en vient à se dire que Wye Oak a peut-être inventé un nouveau genre qui pourrait se nommer «indie folk shoegaze», à moins qu'il ne s'agisse de «dream pop noisy», de «dream shoegaze» ou d'«americana noisy». «Toutes ces étiquettes sont un peu trop étroites mais, au fond, elles veulent dire la même chose», répond courtoisement Andy Stack, 26 ans, composant masculin qui a la particularité, sur scène, de jouer du clavier de la main gauche, tandis que la droite (et les jambes) s'occupe de la batterie. «L'explication réside dans le




