L'annonce, il y a un an, du projet d'une grande exposition consacrée à David Bowie par le musée Victoria et Albert de Londres ne nous avait pas enchanté. Certes, plus que tout autre artiste de la musique populaire, l'auteur-compositeur de Ziggy Stardust et Station to Station méritait un tel traitement, tant son œuvre et sa personne ont influencé la chanson et la mode d'aujourd'hui. Mais l'idée d'une exposition nous semblait morbide, réduisant l'artiste à des fétiches à contempler sous verre, là où un site comme YouTube offre un stock renouvelé chaque jour de performances scéniques et musicales inédites, mises en ligne par des fans et permettant d'entendre ou réentendre, voir ou revoir, l'artiste à son meilleur, vivant pour l'éternité. On imaginait déjà comment ce qui fut avant tout du rock'n'roll, même si déviant ou sublimé, allait être dialectisé ad nauseam par le jargon si prévisible de l'art contemporain et des médias, se repaissant de tartes à la crème de la déconstruction, comme la suspension des logiques du genre, de l'identité, de l'auteur et de la signature.
On sait que Bowie a brouillé de façon spectaculaire les frontières entre masculin et féminin avec le personnage de Ziggy Stardust, qu'il a fait entrer le rock dans l'ère postmoderne de l'intertextualité, du «simulacre», du fétichisme généralisé, pour reprendre les concepts de Jean Baudrillard. Mais n'est-il pas plus important qu'il ait écrit Panic in Detroit ou TVC 15 ?




