Adolescent des années 80, peu après la mort de John Lennon, on détestait Yoko Ono, comme tout le monde, puisqu'elle avait séparé les Beatles. Adulte des années 2000, on la détestait moins car on avait compris que les hommes ne se séparaient pas à cause des femmes (on avait vu des westerns). Puis, vieillard des années 2010, en réentendant sa production musicale dans les albums de Lennon, voire l'osni Wedding Album (1969), on finissait par trouver Ono pas si mal. Surtout qu'entre-temps, on s'était mis à écouter Beuys chanter. Aussi, lorsque l'attaché de presse a demandé si l'on voulait une galette du nouveau Plastic Ono Band, on s'est dit : «Pourquoi pas ?»
Bingo ! Production impeccable, son lourd et cris de cormoran made in Yoko, on se croirait dans un truc jap-rock des années 70 en plus plombé, mais aussi orné de quelques volutes de mandoline et afféteries de vieille poupée cassée (Bad Dancer, scie anti-dancefloor qui parle de jambes cassées et de gens qui dansent mal, aussi beau que la nouvelle le Masque, de Maupassant).
Sabotage. Pour s'excuser d'aimer Yoko Ono, on rappelle en général qu'elle a appris le piano, est passée par la prestigieuse Julliard School et a été sous l'influence de John Cage, dont elle a épousé un des épigones à l'aube des années 60, Toshi Ichiyanagi. On évoque son appartenance au mouvement Fluxus, lequel se vouait au sabotage des catégories esthétiques au profit d'une équation : a




