Il dirigeait comme on conduit un coupé Bentley, bras tendus en avant, épaules et tête basculées vers l’arrière. Certains y voyaient la preuve de son arrogance, d’autant qu’il pouvait rater des concerts par indifférence, mépris ou ennui. Mais tous reconnaissaient que cette arrogance pouvait s’expliquer : Lorin Maazel était diplômé en philosophie et mathématiques, parlait six langues, dirigeait le grand répertoire par cœur. Son oreille était infaillible, sa gestique la plus lisible et intelligente de tous les chefs en activité de la planète. Et, quand il daignait prendre des risques, ce monstre froid et imprévisible pouvait offrir des interprétations fascinantes.
Virtuose. Lorin Maazel est né le 6 mars 1930 à Neuilly-sur-Seine, dans une famille de musiciens américains, mais a grandi aux Etats-Unis. Son grand-père, Isaac Maazel, juif d'origine russe, était violoniste au Metropolitan Opera, son père était chanteur et acteur, et sa mère a fondé l'orchestre des jeunes de Pittsburgh. A 5 ans, il apprend le piano, et le violon dont il va devenir un virtuose. Deux ans plus tard, il s'initie à la direction d'orchestre avec Vladimir Bakaleinikoff, l'assistant de Fritz Reiner à Cincinnati puis Pittsburgh. A 9 ans, Maazel fait ses débuts de chef à New York et, en 1941, Toscanini l'invite à diriger l'Orchestre symphonique de la NBC. Il n'a que 12 ans lorsqu'il se produit, en tant que chef, dans des villes comme Philadelphie, Chicago, San Francisco et L




