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La «Matière» de l’émotion

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Recréation de l’opéra «De Materie», de Louis Andriessen, à la 12e édition de la Ruhrtriennale.

la soprano russe Evgeniya Sotnikova se produit pour la première fois à la Ruhrtriennale. (Photo Wonge Bergmann)
ParEric Dahan
Envoyé spécial à Duisburg
Publié le 21/08/2014 à 18h08

La douzième édition de la Ruhrtriennale, festival pluridisciplinaire essaimant, comme son nom l'indique, dans les sites historiques de l'industrie allemande (Essen, Bochum, Oberhausen, Düsseldorf…), s'est ouverte le 15 août, à Duisburg, avec De Materie («la Matière») de Louis Andriessen. Dévoilé en juin 1989 au Muziektheater d'Amsterdam, et dans une mise en scène de Bob Wilson, cet opéra du compositeur néerlandais n'avait jamais été redonné depuis vingt-cinq ans. A voir l'imposant effectif instrumental, vocal et choral déployé en fosse et sur le plateau de la Kraftzentrale, on comprend mieux pourquoi.

A l'instar d'Einstein on the Beach, de Philip Glass et Bob Wilson, qui l'a sans doute inspiré, De Materie est un opéra non narratif, qui entrecroise des thèmes et des textes disparates. Sous prétexte de questionner la lutte de l'esprit et de la matière, l'ouvrage évoque aussi bien l'acte de La Haye de 1581, qui dénia à Philippe II d'Espagne tout pouvoir sur les provinces des Pays-Bas, que la construction des navires coloniaux, le pionnier de l'abstraction en peinture Piet Mondrian, et la Prix Nobel de physique et de chimie Marie Curie. Dans la mesure où Louis Andriessen récuse la notion de langage ou de style personnel, ce n'est pas lui faire injure que de noter que De Materie, composé entre 1984 et 1988, évoque fortement la musique des minimalistes et répétitifs Américains. L'opéra s'ouvre par un accord répété cent-quarante quatre fois (sous

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