Décidément, depuis quelques semaines, on ne parle plus que de Barbès et de ses mutations. Le regain d'intérêt pour le XVIIIe arrondissement de Paris, bordélique et jusqu'ici très résistant à l'embourgeoisement général, est notable. Avec l'arrivée de la brasserie Barbès, face à l'historique Tati, et l'ouverture du lieu éphémère Ground Control sur les voies ferrées de la rue Ordener (5 000 m2), on ne parle plus que de la gentrification rampante dont le nord de Paris est l'objet. La brasserie Barbès a cristallisé les craintes de voir Barbès finir en carte postale pour touristes et cadres sup.
Ce week-end — qui a commencé jeudi soir —, le festival Barbès Beats devrait confirmer que l'international de la hype n'a pas encore pris le dessus sur le XVIIIe alternatif. Ce mini festival de musique se déroulera entre les rues Léon, Fleury et Cavé, selon les vœux du collectif MU, une association implantée à la Goutte d'Or depuis huit ans. Il se déploie sur deux axes : une promenade sonore, à la frontière du documentaire et de la visite guidée, disponible sur une appli qui permet de la tester in situ, et une série de concerts programmés dans différents lieux emblématiques du quartier, allant de l'Olympic Café au centre Barbara.
Cette première édition apparaît comme l'extension de la programmation du garage MU, ouvert rue Léon en 2012, au moment où il était transformé en salle de concert. David Georges-François, Olivier Le Gal et Eric Daviron ont dédié le lieu au noise, au garage, au rock, à l'electro. Avec Barbès Beats, il s'agissait pour eux de «métisser le programme» et d'ouvrir le spectre de la musique blanche à d'autres chapelles : comme ce week-end, au raï traditionnel de la chanteuse Cheikha Rabia, à l'afro electro du collectif Mawimbi, à l'electro arabe d'Acid Arab ou à l'abstract grime de Visionist, basé à Londres et ce vendredi sur la scène du centre Barbara. A l'heure du solstice d'été et du Ramadan, les prochaines nuits de la Goutte d'Or devraient sérieusement faire pencher le bateau Barbès.




