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Critique

Miguel, machine à soul

Le Californien qui sauva le r’n’b étoffe son troisième disque de guitares et d’electro.

Publié le 10/07/2015 à 18h46

A la fin des années 2000, il était impensable que l’Amérique s’entiche d’une nouvelle star de r’n’b : le genre avait été complètement balayé par l’EDM (electronic dance music) et n’intéressait plus les charts, alors que ses stars vieillissantes (Usher, R. Kelly, etc.) ne faisaient plus de vagues. En réussissant le miracle de séduire les masses comme les branchés, Miguel fait partie de ceux qui font aujourd’hui renaître le r’n’b de ses cendres sous une forme hybride, nourrie par des milieux plus alternatifs.

A 29 ans, le Californien n'a pourtant pas eu la partie facile : en 2004, il signe avec le label Black Ice, qui refuse finalement de sortir son premier album, All I Want Is You. En 2007, Jive Records décide de prendre la suite, mais un procès avec Black Ice repousse la sortie du disque jusqu'en novembre 2010, le label est alors en pleine tourmente, et la promo de l'album s'en retrouvera sabordée. Le deuxième disque de l'Américain, Kaleidoscope Dream, fera office de vrai démarrage en 2012, aidé par un Grammy Award de la meilleure chanson r'n'b : voilà Miguel chef de file de la résurrection de ce style. Sa musique, comme celle de Frank Ocean ou de The Weeknd, oscille entre r'n'b traditionnel et contemporain, flirtant avec le funk, le rock, la soul et l'électronique. A l'inverse de ses deux collègues, Miguel a emprunté à ses confrères des années 90 une forme de romantisme ultraséducteur et un brin ringard, option clin d'œil à la caméra et mime de pistolets avec les mains.

Avec Wildheart, Miguel poursuit son travail de brassage tout en mettant un peu plus l'accent sur les guitares, qu'elles soient rock (l'ouverture sombre A Beautiful Exit) ou funky (Deal). Egayé par quelques explorations plus électroniques (The Valley), Wildheart ne cherche pas à faire de l'esbroufe : beaucoup de gros morceaux (Coffee, Face the Sun, Hollywood Dreams) à défaut d'un tube qui satisferait sa maison de disques. Mais, en ne cédant par les rênes de sa musique à d'autres producteurs - il a composé et produit une grande partie du disque -, Miguel prouve qu'il est bien plus talentueux et polyvalent que les icônes r'n'b de ces vingt dernières années. Au jeu de la comparaison, on piochera plutôt du côté de Prince que d'Usher.

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