En 2002, les Chemical Brothers faisaient monter la température avec le bien nommé It Began in Afrika, sans pour autant passer à l'action de la fusion Afrique-électronique. Mais, heureusement, ces dernières années, d'autres producteurs ont franchi le pas et puisé leur inspiration du côté de la musique africaine. Dernier en date, le revenant St Germain.
1- St Germain, la réapparition
Après quinze années de silence discographique, Ludovic Navarre alias St Germain est enfin sorti de sa tanière. Victime d'une crise d'inspiration, sauvé par la musique malienne, sans pour autant avoir jamais mis les pieds au Mali, St Germain, entouré (quand même) de musiciens africains, a imaginé son troisième album comme un pont entre musique africaine et house. Souvent raillé pour son côté lounge music, le créateur des hits house-jazz So Flute et Sure Thing épate avec un disque beaucoup plus complexe et moins immédiatement addictif que ses précédentes œuvres. Son idylle avec l'Afrique n'est pas un coup sans lendemain puisqu'elle va trouver dès le mois prochain une traduction scénique. St Germain promettant même de sortir très rapidement un second volume.
2- Frédéric Galliano, le méconnu
Compagnie d'écurie de St Germain sur le défunt label F Communications, Galliano n'a pas connu, lui, la même réussite. Pourtant, à l'orée des années 2000, bien avant Ludovic Navarre, il avait délaissé la house jazzy de ses débuts pour nourrir sa musique électronique de rythmes afro. Son album le plus marquant, le vibrant Frederic Galliano & the African Divas (2002), enregistré en partie au Mali et au Sénégal, le voit partir à la rencontre de chanteuses africaines et de musiciens traditionnels. Le titre le plus sensationnel du disque, Bien Sofé Dé !, démarre très dancefloor pour se terminer comme une ballade à travers les sons que l'on peut entendre dans les rues de Dakar ou de Bamako. Au fil des années, Galliano a continué à explorer la musique du continent, et il se concentre aujourd'hui sur le kuduro, musique électronique angolaise apparue à la fin des années 90. Toujours, hélas, dans un injuste anonymat, il faut bien le dire.
3- Mark Ernestus, le façonneur
Un mythe. Au début des années 90 à Berlin, il imagine une techno d'un minimalisme déconcertant mais nourrie par une profondeur sonore et une chaleur la rattachant au dub jamaïcain, qui lui donne un souffle sans égal. Ses projets Basic Channel et Maurizio, réalisés en compagnie de Moritz von Oswald sont devenus cultes. A sa séparation avec Oswald, au milieu des années 2000, Ernestus se prend de passion pour le mbalax, style musical originaire de Gambie et du Sénégal. Le producteur enregistre en Afrique des musiciens locaux comme Baaba Maal ou le regretté percussionniste Doudou Ndiaye Rose. Une fois revenu dans son studio berlinois, ce dingue de technique d'enregistrement façonne sans trahir les versions originales pour donner à cette musique organique une dimension très électronique. Les deux albums 800 % Ndagga et Ndagga Versio ns, sortis en 2013, témoignent de cette réussite.
4- Donso, les champions de luth
L'histoire d'une double vie. Dans sa première incarnation, Pierre-Antoine Grison se nomme Krazy Baldhead. Au sein du label Ed Banger, antre de la french touch 2.0 qui a vu naître le duo Justice, il joue avec bonheur le rôle d'électron libre, expérimentant entre musique électronique et hip-hop. Mais il est aussi le cerveau caché derrière Donso, un projet dont le son provient d'un instrument malien, le donso n'goni, sorte de luth africain à l'allure de kora de poche qui, dans des mains expertes, fait naître une sorte de trance. L'instrument de base d'un projet bouillonnant qui donna le jour à deux albums, Donso (2010) et Denfila (2013), où les synthés et les boîtes à rythmes s'unissent délicatement à la musique traditionnelle d'Afrique de l'Ouest. Krazy, vraiment.
5- Acid Arab, les pistes du Maghreb
On a souvent l’impression que les métissages entre musique électronique et musique africaine sont inspirés exclusivement par l’Afrique de l’Ouest. Heureusement non. Depuis 2013, les deux DJ et producteurs Guido Minisky et Hervé Carvalho, alias Acid Arab, ont posé leurs valises au Maghreb pour se livrer à des manipulations de haute volée où l’acid house rencontre l’electro chaâbi.
Si leur album Collections avait l'allure d'un projet collaboratif où le duo invitait d'autres artistes à donner une vision électro-arabisante, Acid Arab, devenu quartet, vole maintenant de ses propres ailes. Avec bonheur. Comme sur ce premier maxi Djazirat El Maghreb dont les trois titres très convaincants sont une sorte d'hommage dancefloor au Maroc, à l'Algérie et à la Tunisie.




