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Libération
EDITORIAL

Mythe

Publié le 29/12/2015 à 20h11

Si Lemmy Kilmister est devenu icône du rock, ce n'est pas parce que lui l'a cherché : ce sont les autres qui l'ont voulu ainsi. Si l'on cherche une comparaison à tout prix, on pourrait dire que le bassiste et chanteur de Motörhead a suivi la trajectoire inverse d'un Johnny Hallyday, ce chanteur francophone qui a connu le succès très vite et qui ne cesse depuis de courir après la «hype» et la consécration perpétuelle. L'étiquette «plouc» a longtemps collé au hard rock mis en bruit par Motörhead - un magazine l'avait même élu pire groupe de rock au monde à ses débuts - avant que Lemmy ne soit consacré mythe par toutes les générations qu'il a inspirées et qui lui vouent un culte sans bornes. Difficile de définir ce qui fait qu'on bascule de bouseux à icône. Surtout que dans la musique, on a l'habitude de fabriquer des légendes. Mais pour Lemmy Kilmister, cela ne repose que sur ce qu'il a toujours été au plus profond de lui, tout ce qui a fait sa vie, tout simplement : une liberté absolue, y compris dans sa non-hygiène de vie et ses folies un peu limites, une fidélité totale à ses racines musicales et un amour inconditionnel de son public. En cela, il était l'un des derniers représentants des légendes du rock. Du moins celles qui ne se sont pas rangées des voitures. A ce propos, Dave Grohl, ancien de Nirvana et leader des Foo Fighters, a la comparaison tranchante : «J'emmerde ces mecs qui ont survécu aux années 70 et qui entretiennent leur réputation de génies du rock dans des palaces. Lemmy, il voulait juste faire un nouvel album en buvant du whisky-coca.» Derrière la voix rocailleuse, les excès, les tenues de cow-boy et tous les clichés, il y avait l'âme de Little Richard, Elvis et Eddie Cochran réunis.

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