Si son pseudo évoque celui d'un bébé chanteur des années 90, Jorrdee n'a rien d'un enfant de chœur : en témoigne son album publié sur la plateforme Bandcamp sous le doux nom de Bjr Salope. Les spécialistes lui promettent un statut de phénomène 2016, à l'égal des champions 2015 PNL, avec qui il partage des productions électroniques intrigantes et un flow mi-r'n'b mi-hip-hop apathique. Mais Jorrdee évolue dans les ténèbres, là où PNL est un groupe plus gentillet. Ses instrumentations, mortifères et brumeuses, parfois corrosives, rappellent les débuts de The Weeknd, qui avait su plonger en 2011 le r'n'b dans un torrent de noirceur et lui avait donné une âme alternative en piochant dans des genres moins populaires, de la musique industrielle au dubstep. On distingue chez ce Parisien des aspirations trap, cette branche violente du rap du sud des Etats-Unis. Jorrdee produit la plupart de ses morceaux seul, réalise les visuels de ses disques et refuse les exercices de promotion. Tout le talent déployé sur Bjr Salope n'efface pas quelques traits communs à trop de rappeurs, une arrogance et une agaçante propension à perpétuer les clichés sexistes. Mais ne nous précipitons pas à condamner les manières de celui qui sait parfois tempérer ses ardeurs, précisant son «fais-moi une pipe» d'un délicat «si tu veux» sur le morceau Nan !
Critique
Jorrdee le hip-hop des ténèbres
Par
Publié le 12/02/2016 à 20h01
Pour aller plus loin :
Dans la même rubrique
Nos newsletters

Alerte Libé
Les alertes, infos et enquêtes Libé à ne pas manquer

Libé Matin
Le brief matinal idéal pour bien commencer la journée

Opinions
Les billets, éditos, tribunes ou chroniques qui font débat

Toutes nos newsletters
Actualité, politique, lifestyle... découvrez toutes nos newsletters

Les plus lus