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Rock

Poliça prend de l’assurance

Le groupe indé américain revient avec «United Crushers», un troisième album intense et ouvragé.

Poliça, entre rock et r'n'b. (Photo DR)
Publié le 07/03/2016 à 19h21

Dans la famille «indie contemporain aux idées longues», le groupe de Minneapolis Poliça se pose pas mal là. Dans ses chansons tout le temps tristes et tout le temps dansantes, on entend du punk, du funk, Sade, Aaliyah, Daft Punk, The Knife, A Certain Ratio, l'electro dance des gros festivals et la pop star Ke$ha. Tout ça peut sembler éclectique à la limite de l'incohérence mais en dit long, en mal ou en bien, sur le chemin parcouru par l'underground rock intello des Amériques depuis la fin des années 80. Autrefois en rupture acharnée contre les formes et les ambitions de la musique de masse, l'indie rock est aujourd'hui indiscernable des autres incarnations de la pop majoritaire, et le son de référence incontesté d'une classe blanche aisée et éduquée. A l'instar de leur compagnon de route Bon Iver, Channy Leaneagh (chant) et Ryan Olson (homme à tout faire) ont pris leur essor artistique en tentant d'incorporer dans leur idiome art rock la franchise émotionnelle et la tension rythmique du r'n'b. Volontairement ou par accident, ils proposent un portrait en creux convaincant de l'Amérique du Nord des années 2010. Intense et ouvragé, leur troisième album, United Crushers, s'empare en gros son et références musicales érudites des grands problèmes du «déclin urbain dû à la gentrification» et de la difficulté à «trouver l'amour vrai et sincère» dans l'apocalypse contemporaine sans jamais avoir l'air de vraiment croire aux moyens qu'il met en branle pour en venir à bout. A défaut d'avoir très envie de danser, on admire l'emblème.

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