Achanter sur l'air de la Petite Tonquinoise : «Je l'appell' la Glorieuse/Ma p'tit' Mimi, ma p'tit' Mimi, ma mitrailleuse/Rosalie me fait les doux yeux/Mais c'est ell' que j'aim' le mieux.» Ma Mitrailleuse (1915) de Théodore Botrel fait partie des chansons sur la guerre de 1914-1918 qui seront interprétées mercredi, à la Philharmonie de Paris, par des enfants chanteurs, comédiens, musiciens, et la Clique des Lunaisiens. Cet «oratorio pacifiste», qui mêle aussi bien des chansons sociales, pacifistes ou militaires, propose de se confronter aux fantômes du passé par l'oreille et la création. C'est l'aboutissement d'un travail de plusieurs mois mené avec des écoles, des collèges et des conservatoires d'Ile-de-France, au total plus de 130 enfants.
Le directeur artistique de Jeux de guerre, jeux de vilains est un baryton atypique. Depuis une dizaine d'années, depuis qu'il a découvert Béranger, souvent cité dans Balzac, Stendhal ou Sainte-Beuve, Arnaud Marzorati se passionne pour la chanson populaire. «"Qu'est-ce qu'un chansonnier ? Qu'est-ce que la chanson au XIXe siècle ?" me suis-je interrogé. Cela m'a per mis d'amener plus de littérature dans mon métier et d'être au cœur même de l'histoire.» C'était le début de la rédécouverte d'un patrimoine vocal et instrumental, avec son ensemble lyrique la Clique des Lunaisiens. Le nom fait référence à Raymond Queneau, selon lequel «Les Lunaisiens sont les habitants de la Lune». «Venant du baroque, j'ai voulu opposer à ce monde solaire un côté plus obscur et moins connu. Nos projets peuvent aller d'un récital de piano et voix jusqu'à une dizaine d'instrumentistes.» Ce travail d'exhumation historique donne lieu à des concerts parfois gravés sur CD : 1789, révolution, contre-révolution, les Trois Révolutions 1830, 1848, 1871, ou le dernier en date, la Complainte de Lacenaire, de ce poète-assassin du XIXe siècle. La Clique a aussi exploré le colonialisme et œuvre sur un projet intitulé «Soleil noir» pour montrer l'envers du décor du siècle de Louis XIV et la souffrance du peuple (concert à Baroque en scène le 2 mai à Nantes) et un autre sur la légende napoléonienne (concert le 20 juin aux Invalides).
Cette démarche s'accompagne d'un fort investissement pédagogique. «Ce patrimoine constitue un objet de réflexion sur l'histoire et sur notre passé, souligne Arnaud Marzorati. Il montre à quel point la chanson engagée a pu être le premier des médias pour faire passer des idées.» Dans la perspective du concert à la Philharmonie, le baryton a encadré un atelier au conservatoire d'Aubervilliers. Devant la quinzaine d'enfants présents, il a par exemple décrypté le sens «politique» de certains des airs qu'ils interpréteront mercredi. Sur la fameuse Mitraillette, justement : «On est vraiment là dans la chanson de propagande. Cette Guerre mondiale, c'est la guerre moderne, on va inventer les chars, le gaz moutarde, la mitrailleuse révolutionnaire, et on essaye d'amoindrir cette horreur. Sur les paroles de Théodore Botrel, on prend un air populaire, le Black M de l'époque c'est Ma Petite Tonkinoise, le plus léger, le plus cabaret, le plus comique troupier…»Faire comprendre aux jeunes citoyens qu'il ne faut pas se contenter d'une interprétation à sens unique, tout en revisitant l'histoire.




