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On y croît

Peter Peter, fièvre allure

Le Québécois installé à Paris affermit son electro au service d’un chant habité.

Peter Peter, entre rythme enfiévré et paroles brumeuses. (Photo Paul Rousteau)
Publié le 03/02/2017 à 17h06

Ras le coffre. La chanson québécoise francophone a trop souvent été réduite aux chanteuses qui risquent le pneumothorax à chaque tube. Face bien trop visible d'un iceberg d'une incroyable richesse. Citons simplement les subtils Philémon Cimon ou Pierre Lapointe, justement anciens compagnons de label (Audiogram) de Peter Peter.

Doté d'un physique à faire passer le mannequin-chanteur Baptiste Giabiconi pour le sosie de Sim, ce Québécois de 33 ans installé à Paris nous avait déjà ravis il y a trois ans avec un second album futé, au titre houellebecquien : Une version améliorée de la tristesse. Un disque à l'électronique bien trempée et à l'écriture ciselée tout en ellipses très imagées (ah ce «Las Vegas se cache derrière nos paupières» entendu sur le bien nommé MDMA). Ce cumulard (auteur-compositeur-interprète-producteur) pousse aujourd'hui encore plus loin sa passion pour l'electro. C'est simple, Noir Eden démarre carrément comme un album de techno avec son beat puissant et ses nappes flottantes. Bien réel, le nom de ce fameux titre d'ouverture, est probablement l'une des plus belles chansons électroniques que l'on ait jamais entendues. Pas seulement pour cette musique brûlante, mais aussi pour ces paroles brumeuses, comme en suspension («C'est un royaume où règnent la musique et le silence, il me fut entièrement légué, oui je pense, j'imagine que c'est bien réel»).

Par la suite, moins effrontément dancefloor, notre homme-orchestre baisse le rythme avec justesse, tout en dirigeant ses machines d'une main ferme. On craque pour une troublante chanson de vampire, Nosferatu, ou Venus, subtile ode à… son chat qui taquine la «sexyness» pop d'un Julien Doré, jusqu'à cette chute tout acoustique, ou presque, probable clin d'œil à ses débuts, en 2008, quand le Québécois envoyait déjà du bois, mais uniquement à la guitare sèche. Les années ont passé, et il tient aujourd'hui dans le viseur ses modèles électroniques Jamie XX, Caribou ou Kaytranada, des producteurs qui ne sacrifient jamais la mélodie à l'efficacité. Sauf que Peter Peter rajoute, lui, la présence forte d'une voix singulière et fiévreuse entre Christophe et Stephan Eicher. Ah le coffre, on n'y revient toujours.

En concert le 28 février au Café de la danse (75011).

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