Celui à écouter pour danser sur de l’architecture
Mira Calix, Utopia (Warp)
Pour ceux qui s'en souviennent, la Sud-Africaine Chantal Passamonte, alias Mira Calix, fut un pilier du label Warp à son deuxième âge d'or, celui de la musique électronique qui s'écoute en se grattant la tête là où c'est agréable de le faire. Partenaire à la ville de Sean Booth d'Autechre, initiatrice dans les années 90 des chillout ambient Telepathic Fish, la musicienne a fait paraître trois albums très personnels sur le très emblématique label britannique avant d'entamer des collaborations avec le London Sinfonietta ou l'ensemble de percussions Bang on a Can. Très occupée depuis une décennie à repondre à des commandes d'opéra multimédia et de films très diverses, elle a eu l'idée de boucler son premier mini-album depuis une éternité après avoir enregistré la bande originale d'Utopia, court-métrage réalisé par le romancier Adam Thirlwell d'où est tiré le très joli clip ci-dessous. Ici, on est émus des retrouvailles.
Celui à écouter pour twerker (au ralenti)
DAWN, New Breed (Local Action)
Sur son cinquième album, la diva r'n'b louisianaise Dawn Richard arbore une spectaculaire coiffe de Mardi Gras Indian mais fait le choix inattendu – et heureux – de la simplicité. Moins cyber, plus chaleureux que ses disques précédents qui affichaient des plastiques électroniques à la pointe mais souffraient tous, d'une manière ou d'une autre, d'un manque de personnalité, New Breed tire plus simplement une ligne entre Sade et la bounce – fleuron musical et salace de sa Nouvelle-Orléans natale – et on s'en satisfait tout à fait.
Celui à écouter pour mettre un peu de vie dans son aquarium
Dominique Guiot, l’Univers de la mer (WRWTFWW Records)
Au rythme où nous arrivent les disques du genre, on pourrait presque parler de «réédition de library music française de la semaine». Tant pis, tant mieux, ce beau disque enregistré par un obscur praticien de la chose progressive et édité en 1978 pour un label d'illustration crâneusement nommé Chicago 2000 est une corne d'abondance de grooves étranges et décors électroniques de toute beauté, quelque part entre le Jean-Michel Jarre d'Equinoxe et l'Antarctique de François de Roubaix.
Celui à écouter pour redoubler de personnalité
Bertrand Belin, Persona (Cinq7/Wagram Music)
Extrait de notre article à paraître lundi, par Sabrina Champenois : «Bertrand Belin qui peut apparaître comme perché, expérimental, est pourtant bien ancré dans le concret, celui de l'humain au quotidien, dans tous ses états de fragilité : isolement, rupture sociale, affective, précarité, déclassement, violence. Persona est d'ailleurs l'album le plus ouvertement social du fils de pêcheur titulaire d'un CAP d'électricien.»
Celui à écouter pour se reconnecter aux origines de la cantate française
Eva Zaïcik et le Consort, Venez chère ombre (Alpha Classics)
Connaissez-vous Eva Zaïcik ? Cette mezzo soprano accumule les récompenses : révélation lyrique des Victoires de la musique 2018, elle a aussi remporté le dernier Concours Reine Elisabeth en Belgique. Celle qui est aussi passée par le Jardin des voix de William Christie fait surtout ses premiers pas en solo ce vendredi, avec un album baroque, Venez chère ombre, qui collecte diverses cantates françaises. L'occasion, à côté de compositeurs comme Clérambault, de découvrir les moins célèbres Michel Pignolet de Montéclair, Louis Antoine Lefèbvre ou Philippe Courbois. L'exploration de ce territoire oublié du XVIIIe siècle est menée par le Consort, ensemble historiquement informé créé notamment par Justin Taylor (clavecin et orgue), et auquel Zaïcik a souvent prêté son timbre rond et léger dans de précédentes collaborations. Une belle découverte.




