S'il y a bien un élément qui trahit le désintérêt bienvenu d'En attendant Ana pour les effets de mode, c'est cette trompette lancinante, poignante, qui revient régulièrement ourler ses mélodies frondeuses. Qui ose encore les cuivres dans la pop à guitares de nos jours ? Le quintet parisien en a fait une revendication esthétique depuis deux albums déjà. Son dernier, Juillet, est moins radieux que l'on ne pourrait croire au premier abord : le titre fait référence au moment de l'enregistrement du disque, «une période de transition, la fin de quelque chose et le début d'une autre», raconte un peu mystérieusement la chanteuse et parolière Margaux Bouchaudon.
Urgence
Des tumultes de jeune groupe, certainement : ces derniers mois, l'arrivée d'un nouveau guitariste, Maxence Tomasso (qui officie par ailleurs dans la formation post-punk Entracte Twist), a alambiqué les mélodies de chœurs qui s'emballent, y ajoutant tiroirs et angles droits. Les perturbations se sont infiltrées jusque dans les paroles, interrogations en tirs croisés (Do You Understand ?) et troubles dans la communication (Words). «C'est un thème central, la communication, reconnaît la parolière. Se poser mille questions à soi, en poser aux autres, ne pas avoir de réponses, et puis finalement faire avec. C'est involontaire, mais on s'est rendu compte que ça parcourait tout le disque.»
Malgré ces doutes, En attendant Ana n'a pourtant jamais sonné si confiant. Au point qu'on retrouve en quelques endroits de Juillet le même élan dramatique et la même urgence que l'on entendait dans le Funeral d'Arcade Fire. Pour preuve, ses temps de suspension (From My Bruise to an Island, When It Burns), sont loin d'être des moments de répit, tout en tension sourde. «On a beaucoup plus travaillé ensemble sur les compositions. On se sent certainement plus "groupe" qu'autrefois», confirme Margaux Bouchaudon. Les Parisiens sont soutenus par le label indépendant de Chicago Trouble in Mind, dénicheur de sensibilités d'Europe et d'ailleurs (The Limiñanas, The Shifters…), qui est venu les trouver juste avant la sortie de leur premier album, Lost and Found, en 2018. «Avec eux, on se sent très libres. Ça nous permet aussi de tourner plus, de jouer dans des endroits qu'on n'imaginait même pas, comme les Etats-Unis.»
Parenté
De quoi placer le groupe sur la carte de la grande internationale indie pop, un genre musical qui étonne depuis quarante ans par sa propension à naître ex nihilo ou presque dans des chambres de jeunes gens en tout point du globe. Ainsi, beaucoup ont attribué une parenté anglaise (le label Sarah Records) ou néo-zélandaise (Flying Nun Records) à En attendant Ana, sans qu'on ne retrouve totalement chez eux ces marques de fabrique. Au vrai, avant de se découvrir nièces et neveux de groupes comme The Field Mice ou Look Blue Go Purple, les cinq Parisiens ont trouvé la recette de la jeunesse éternelle seuls dans leur coin : jouer vite et beau, avec toujours pour ambition de refléter la lumière et ses ombres.




