Rien ne prédestinait le natif de Wellington à devenir l'une des voix de Mai 68 option folk babos. Mort dimanche en Seine-et-Marne à 93 ans, le Néo-Zélandais Graeme Allwright fut pourtant l'un des passeurs des protest songs, antimilitarisme et contestation humaniste en bandoulière, pour avoir repris et adapté dans la langue du général de Gaulle un répertoire américain (Peter Seeger, Bob Dylan, Peter, Paul & Mary, Leonard Cohen), sans la grâce mais avec l'accent. Arrivé en Europe par le théâtre londonien à 22 ans, il s'installe en Côte-d'Or par amour de Catherine Dasté, petite-fille de l'homme de théâtre Jacques Copeau. Entre retour à la scène, où il apprivoise le français, et une multitude de boulots divers, il se met à la chanson à l'orée de la quarantaine, monte à Paris, est repéré par Colette Magny, et se trouve une vocation de doublure francophone d'hymnes frondeurs anglo-saxons. Il traduit et réinterprète d'une voix sèche les chansons d'autres, mais compose parfois. Ses premiers albums chargés d'idéaux et de colères de seconde main trouvent leur écho dans une jeunesse qui, sans lui, n'aurait peut-être pas tout saisi des paroles, et connaissent le succès. Lequel, dit-on, l'effraya, au point qu'il préféra la fuite, en Afrique de l'Est, Amérique du Sud et Inde, non sans signer des retours souvent marqués par sa dernière destination. Il avait continué de se produire jusqu'en 2015, pieds nus, sa version apaisée de la Marseillaise en étendard - traduite cette fois du français de 1789 à celui, moins belliqueux, du rêve soixante-huitard.
Disparition
Graeme Allwright, passeur de folk
Greame Allwright en avril 1978. (Photo Dominique Faget. AFP)
Publié le 16/02/2020 à 21h26
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